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11
Juin
2014

François Chérèque, Président de l’Agence du Service Civique, « confirme sa volonté et son ambition de mixité sociale »

Unis-Cité
Le Président de l’Agence du Service civique, interrogé par la NewsLetter d'Unis-Cité, « confirme sa volonté et son ambition de mixité sociale, en lien avec toutes les parties prenantes du Service civique ». Il « insiste surtout beaucoup sur la qualité et le contenu des missions, qui doivent les rendre accessibles à tous… »

L’objectif du gouvernement est de 100 000 jeunes chaque année en Service civique, afin qu’il devienne pour tout le monde une étape naturelle dans la vie. Quelles sont les actions de l’Agence pour rendre ce dispositif accessible à tous les jeunes, notamment les moins qualifiés ? 

Pour l’objectif chiffré, on pourrait se dire que, à condition que les financements soient là, cela va se faire tout seul puisque nous avons de plus en plus de demandes (pour mémoire : 250 000 jeunes sont inscrits sur le site de l’Agence). Mais il y a l’objectif de représentativité de la jeunesse de notre pays, de mixité sociale, que la loi impose. Comme nous tenons à ce que le Service civique reste volontaire, il faut agir pour l’atteindre.

Nous menons déjà deux types d’actions, en direction des décrocheurs et en direction des jeunes des quartiers. Dans ces deux domaines, notamment avec les 5000 décrocheurs accueillis dans un programme spécifique en 2014, nous progressons. On est aujourd’hui à 25% de volontaires qui sont infra-Bac, pour un pourcentage de 30% dans l’ensemble de la population.

Quels sont à votre avis les freins qui subsistent à l’accueil en Service civique des jeunes des quartiers prioritaires ? 

Nous devons intensifier l’effort d’information vis à vis des jeunes, mais aussi vis-à-vis de leurs familles/entourages et vis-à-vis des différents acteurs qui les entourent (écoles, missions locales, etc.). Il faut diffuser largement des reportages montrant des missions réalisées par les jeunes. Il faut aussi organiser des événements, au niveau national et à celui des régions.

Et il y a le type de missions proposées, que l’Agence doit mieux regarder. Il faut qu’elles soient accessibles à tous les jeunes et pas seulement aux diplômés. Mais il y a également les conditions de vie et les conditions de transport ; pour ceux qui sont en situation de pauvreté, c’est très important.

Le nombre de volontaires en situation de handicap reste très faible (0,45% des volontaires), comment l’augmenter étant donné les difficultés spécifiques pour accompagner et insérer ce type de jeunes ?

Pour les jeunes en situation de handicap, j’avoue en revanche qu’on est mauvais. L’objectif est de 6%. Il faut que nous nous rapprochions des associations spécialisées pour à la fois mieux communiquer auprès de ces jeunes – souvent ils ne connaissent pas le dispositif ou pensent qu’il n’est pas pour eux -, et voir quels accompagnements spécifiques sont nécessaires. Ce qu’il faut pour beaucoup de ces jeunes, c’est aussi adapter leur Service civique au lieu de leur demander de s’adapter au dispositif : horaires hebdomadaires réduits, durée du Service plus courte ou au contraire plus longue pour ceux qui auraient besoin de plus de temps d’adaptation.

Au-delà de l’accès de tous à une meilleure information, comment garantir que les missions proposées soient réellement accessibles à tous ?

insiste surtout beaucoup sur la qualité et le contenu des missions, qui doivent les rendre accessibles à tous. Dans le rapport au gouvernement, que je vais rendre fin juin, je vais faire des propositions dans ce sens.

En l’état de ma réflexion, il y a plusieurs pistes pas encore tranchées : instituer des obligations chiffrées pour les organismes d’accueil, ou diminuer les financements publiques pour les grands organismes de taille nationale qui proposent plutôt des missions exigeant des qualifications, ou imposer un minimum de 2 jeunes sur une mission en binôme pour qu’ils s’épaulent. Mais je pourrais aussi proposer un mixte de tout ça. Il ne faut pas, en revanche, défavoriser les petites associations locales, qui font une action de proximité très utile, mais ne peuvent pas toujours prendre plus de un ou deux volontaires.

Comment voyez-vous l’application de l’objectif de « mixité sociale » et l’évolution du Service civique dans les années à venir ?

Comme je l’ai dit, c’est d’abord la qualité des missions qu’il faut assurer.

Par ailleurs, l’idée d’un Fonds interministériel, abondé par les différents ministères intéressés à mener des politiques publiques avec le soutien de jeunes en Service civique – Education Nationale, Environnement, Personnes âgées…-, me paraît intéressante à étudier pour permettre de mieux assurer le financement du dispositif.

Et puis, pour atteindre les 100 000, la question de la capacité d’accueil du milieu associatif est posée, même si on s’ouvre de plus en plus aux petites associations. Les collectivités locales, ainsi que le milieu hospitalier, sont les champs de développement les plus importants. Il faut faire un travail de fond avec eux, sur leurs objectifs de politiques publiques qui pourraient être soutenus par des jeunes volontaires.

Et puis il faut, bien sur, continuer à convaincre les politiques de l’importance du Service civique comme dispositif d’éveil citoyen, favorisant la vie collective.

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