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Les réponses de Jean-Luc Mélenchon


Réponses de Jean-Luc Mélenchon
 
Avant de répondre à vos questions, il faut préciser que la proposition de garantie d’autonomie pour la jeunesse à hauteur de 1063 euros que nous portons, tout comme notre proposition de conscription citoyenne obligatoire* impliquent peu ou prou la disparition du service civique tel qu’il existe aujourd’hui. Le service civique actuel vise des objectifs quasiment contradictoires de solidarité, de mixité et d’insertion d’une part, et d’abaissement du “coût du travail” d’autre part. Il va sans dire que ce dernier objectif, non-revendiqué mais bien présent dans l’esprit de ceux qui l’ont créé, n’est pas conforme à la conception que l’Union populaire se fait du travail en général et de la conscription citoyenne en particulier. En revanche, il est clair que l’expérience engrangée durant ces années où le service civique a fonctionné constituera une ressource majeure pour la mise en place de la conscription citoyenne.
 
1. Afin de faire du Service Civique une étape de brassage social pour tous comme le veut la loi, mais aussi pour le rendre plus accessible et plus impactant pour les jeunes, Unis-Cité propose d’acter le principe selon lequel toutes les missions de service civique devraient être réalisées « en équipes de jeunes », avec un principe de mixité. Qu’en pensez-vous ?
La mixité sociale est un objectif valable et les démarches d’insertion ont sans doute plus d’efficacité parmi les pairs. Il n’est d’ailleurs pas possible de penser instaurer une conscription citoyenne où les conscrits ne seraient pas mobilisés par groupe divers. En revanche, il convient de noter plusieurs choses. La mixité en sera sans doute un effet, mais elle n’est pas la fin première de la conscription citoyenne que nous proposons et qui vise à répondre aux besoins de la société, notamment à ceux qui émergent avec la crise écologique. Notons aussi que cet objectif de mixité ne peut pas être seulement poursuivi dans le cadre d’un service civique ou de la conscription citoyenne que nous proposons. La mixité doit se faire par l’école, dans les villes, les immeubles, les lieux de loisirs, etc.
Deuxièmement, cet objectif ne peut se substituer à celui d’égalité entre les citoyennes et les citoyens. C’est cet objectif d’égalité que permettrait d’atteindre notre garantie d’autonomie pour la jeunesse. Elle reconnaîtrait que chacune et chacun a un droit égal à pouvoir se former dans les meilleures conditions, indépendamment des revenus de ses parents. De même, la conscription citoyenne obligatoire assurerait une forme d’égalité devant cet “impôt du temps” auquel nul ne pourrait se soustraire, manifestant que le temps de vie des uns vaut bel et bien le temps de vie des autres ; ce que les nombreuses exemptions de l’ancien service militaire faisaient oublier. Précisons
enfin que la conscription citoyenne concernera filles et garçons : la mixité de genre est un principe impératif. Son respect et la prévention des comportements sexistes feront l’objet d’une attention spéciale.
 
2. D’aucuns appellent à la réinstauration d’un service national obligatoire. Nous sommes nombreux à penser que le Service Civique, sorte d’année de césure citoyenne’, à la fois utile pour les jeunes en termes d’insertion citoyenne et professionnelle, utile pour les structures qui les accueillent* et indispensable pour le devenir de notre vie démocratique, devrait faire partie du parcours éducatif de tous les jeunes. Que pensez-vous de faire du Service Civique un passage nécessaire, valorisé et soutenu massivement par l’Etat dans le parcours de tous les jeunes ?
La proposition de conscription citoyenne obligatoire recoupe en grande partie cette demande. En réalité, elle va plus loin dans la mesure où elle reconnaît que l’activité des conscrits, affectés dans des services publics, civils ou non, ou dans des associations sélectionnées, justifie une rémunération à hauteur du SMIC (que nous revaloriserons à 1400 euros net). Les jeunes pourront donc choisir l’activité dans laquelle ils s ‘épanouiront le plus pendant ces 9 mois. La rémunération au SMIC permet d’en finir avec la présentation, à nos yeux hypocrite, selon laquelle les activités du service civique ne relèvent pas d’un emploi salarié.
Par ailleurs, la conscription citoyenne sera un formidable outil d’insertion et d’autonomie pour les jeunes. Dans son cadre seront effectuées une évaluation des capacités d’écriture, lecture et calcul, avec mise à niveau si nécessaire et une formation gratuite à la conduite et le passage du permis de conduire. Un bilan de santé bénéficiera aussi à tous ces jeunes.
 
3. Le Service Civique est financé aujourd’hui à hauteur de 130 000 jeunes par an (il devrait en concerner 200 000 en 2022 grâce au budget complémentaire apporté par le plan de relance) – ce qui correspond à environ 80 à 120 000 places de 8 mois en moyenne cofinancées par l’Etat. 67% des jeunes déclarent vouloir faire un service civique? – soit un besoin de 500 000 places par an. Seriez-vous prêts à créer un « droit au Service Civique » : à faire en sorte que tous les jeunes, dès le collège, soient informés de la possibilité pour eux d’en faire un (dès 16 ans donc), et que tous puissent y avoir effectivement accès (en finançant donc au moins 500 000 places par an)? 
Notre proposition de conscription citoyenne concernera la totalité d’une classe d’âge, garçons et filles, qui seront rémunérés au SMIC. Les cas d’exemption seront exceptionnels. C’est un véritable projet de société et nous l’assumerons pleinement. Il s’agit de rendre aux citoyennes et citoyens un rôle actif dans les services publics, au lieu d’être simplement consommateurs. Il mettra la solidarité et le civisme au centre de la vie publique. Nous avons détaillé le financement de la proposition dans l’émission de chiffrage de notre programme.
 
4. Le Service Civique Solidarité Séniors a été lancé il y a un an pour renforcer le déploiement de jeunes en Service Civique auprès de nos seniors isolés. Que pensez-vous de soumettre au Parlement, tous les 5 ans, sur proposition du CESE et/ou d’une consultation citoyenne mobilisant les jeunesses de France, les 3 à 5 grandes causes sur lesquelles les jeunes devraient être, par le service civique, mobilisés en priorité pour les 5 années à venir, avec une mobilisation animée en associant outre le ministère en charge, l’ensemble des acteurs associatifs et collectivités territoriales concernés ?
Cette proposition est trop précise pour figurer comme tel dans le programme l’Avenir en commun. Concernant l’autonomie et l’accompagnement des seniors, nous ne permettrons plus que les Ehpad soient des structures privées lucratives. Les nouvelles structures associatives et publiques pourront donc bénéficier du concours des conscrits. Pour autant, les métiers du grand âge nécessitent une formation et des qualifications particulières, et le manque de personnel ne doit pas être un prétexte pour combler les manques par des jeunes en conscription. La priorité doit être donnée aux recrutements de personnels titulaires et qualifiés et les personnes conscrites ne seront pas affectés à des missions qui devraient être effectuées par des personnels spécialisés et diplômés, sauf bien sûr s’ils possèdent cette qualification.
Votre souhait que de “grandes causes” soient définies démocratiquement est également une proposition cohérente avec l’esprit de l’Avenir en commun. On ne peut se satisfaire que ces sujets soient décidés par un homme seul, sans d’ailleurs que les résultats soient au rendez-vous. Notre volonté est de gouverner en partant des besoins de la société. La conscription citoyenne ne fera pas exception. Il ne s’agira pas d’activités “occupationnelles” mais de véritablement répondre aux besoins du pays et de la population dans les domaines de la défense, de la sécurité, de la protection civile, de la santé etc… Par conséquent, nous proposerons un mécanisme de planification démocratique pour que chaque conscrite et conscrit soit affecté à une tâche utile.
* projet de service citoyen de 9 mois obligatoire rémunéré au SMIC (lien)

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